Comprendre l’IA

L’IA a aussi une facture en électricité et en eau, même quand elle est invisible à l’écran

Cédric Bonetti 3 min de lecture

L’IA a un talent particulier : elle donne l’impression de ne rien peser.

Tu écris une question. Une réponse arrive. Pas de machine visible. Pas de moteur. Pas de camion. Pas de bruit.

Et pourtant, derrière l’écran, il y a des bâtiments, des serveurs, du refroidissement, de l’électricité et de l’eau.

Le 21 septembre, la Commission européenne a proposé un nouveau système commun de notation de la durabilité des centres de données et publié un rapport sur leur efficacité énergétique.

Le sujet paraît loin du quotidien d’une TPE.

Je pense au contraire qu’il va devenir de plus en plus difficile à ignorer.

Le cloud reste quelque part

On utilise facilement le mot « cloud » comme si les calculs disparaissaient dans le ciel.

En réalité, ils se passent dans un lieu précis.

La Commission veut justement rendre plus transparentes des mesures comme l’efficacité énergétique et l’usage de l’eau des centres de données. Le système proposé couvrirait les centres dépassant 500 kW. Au 5 octobre 2026, la proposition est encore soumise à une période de contrôle par le Parlement européen et le Conseil ; les premiers labels sont attendus en 2027.

L’Union européenne veut aussi fortement augmenter sa capacité de centres de données dans les prochaines années.

Donc oui, nous allons probablement demander davantage de calcul.

La bonne question n’est pas de faire culpabiliser quelqu’un parce qu’il a demandé un résumé de trois paragraphes.

C’est de commencer à mesurer correctement l’infrastructure qui rend tous ces usages possibles.

Une entreprise n’a pas besoin de calculer l’eau de chaque prompt

Je me méfie des chiffres simplistes du type « une question à l’IA consomme exactement ceci ».

Le résultat dépend du modèle, du matériel, du centre de données, du refroidissement, de l’électricité utilisée et d’autres paramètres.

Pour une petite entreprise, transformer chaque prompt en mini-bilan carbone serait vite inutilisable.

En revanche, on peut avoir des réflexes beaucoup plus terre-à-terre.

Éviter de lancer vingt fois la même production parce que le besoin n’a pas été cadré.

Ne pas utiliser un modèle très lourd pour une tâche triviale si un outil plus simple fait parfaitement le travail.

Regarder les engagements et informations publiés par les fournisseurs lorsqu’un usage devient important.

Et surtout, ne pas raconter que le numérique est « immatériel ».

La transparence va devenir un critère de choix

Pour beaucoup d’outils, on choisit aujourd’hui sur trois éléments : prix, fonction, facilité d’utilisation.

Avec l’IA, d’autres critères montent déjà : sécurité, localisation des données, confidentialité.

L’impact énergétique va probablement rejoindre la liste.

Pas forcément comme premier critère pour chaque petite tâche.

Mais pour un usage massif, un fournisseur ou une infrastructure importante, il devient légitime de demander comment le service mesure ses ressources.

C’est exactement ce que cherche à rendre plus visible la proposition européenne pour les centres de données.

La bonne analogie avec La Flèche n’est pas celle qu’on croit

Une flèche donne l’impression que seul le point d’arrivée compte.

En réalité, il faut aussi une force pour la lancer.

L’IA, c’est un peu pareil.

On voit le résultat à l’écran. On oublie facilement tout ce qu’il faut derrière pour qu’il arrive.

Je ne pense pas qu’il faille moins utiliser l’IA par principe.

Je pense qu’il faut sortir d’une vision magique où le calcul serait gratuit parce qu’on ne voit pas la machine.

Plus l’IA devient quotidienne, plus son infrastructure mérite d’être traitée comme ce qu’elle est : une vraie infrastructure.

Sources

Vous avez un sujet concret à regarder dans votre entreprise ? Parlons-en.

À lire aussi